Photographe, vidéaste, formateur…
La vérité est que je me suis toujours refusé à rentrer dans des cases. On m’a souvent demandé comment je m’étais lancé dans cette aventure, et pourquoi la photographie sociale était autant ma tasse de thé.

Si tu es curieux de ma personnalité… Prends-toi quelques minutes pour lire une petite mise à nue sur  le site des autodidactes !
L’interview est très récente puisqu’elle date de la semaine dernière !

Hâte de lire ton retour !
Bonne lecture 🙂

Hello Dav Tu es photographe autodidacte. Pourrais tu te présenter ? Quel est ton parcours ?

Salut ! J’exerce la profession de photographe, et c’est effectivement en tant qu’autodidacte que je m’y suis mis. J’ai 35 ans, marié, deux enfants. Mais je ne suis pas Al Bundy.
Je suis comme beaucoup d’enfants des années 80, un produit des années Club Dorothée. Outre l’influence nippone, c’est l’esprit de tout faire avec passion qui a toujours vibré en moi.
Et après quelques années d’errance, j’ai du me reconnecter avec mon enfance, pour être aujourd’hui, moi-même.

J’ai toujours eu beaucoup d’intérêt pour l’objet imprimé et visuel, et même dans mes lointains souvenirs, ce sont des images très précises d’événements vécus qui me remontent.
Je pense que depuis longtemps j’ai été fin observateur – et donc photographe d’une certaine manière. En 2000 on m’a offert mon premier appareil photo de 2 mégas pixels. Une camelote vue de 2019, et pourtant, une boîte de Pandore avec le recul.
Puis j’ai rapidement changé d’outil pour améliorer mes rendus photographiques. Compact, Bridge et Full Frame. Dans cet ordre. Et… J’ai beaucoup joué, énormément appris de mes erreurs – sans prendre de cours photo.

J’ai su comprendre patiemment pourquoi je n’arrivai pas à retranscrire en photo ce que j’avais en tête. Je me suis auto-formé, en gardant un œil acéré et très critique sur mes productions photos et sur la technique. Aujourd’hui je ne suis pas que photographe de mariage, puisque que je suis également formateur photo, retoucheur photo, et cadreur et monteur vidéo.
Métiers que j’ai découverts avec le même apprentissage. Beaucoup de loupés, et un esprit synthétique et positif pour transformer progressivement cette frustration en réelle force.
AAP also known as Autodidacte avec passion.

À quel niveau d’étude t’es tu arrêté ? Qu’est ce qui t’a poussé à être autodidacte dans la photo ?

Etre autodidacte dans la photo me semble tellement facile d’accès de nos jours. Je ne parle pas d’arriver à en vivre.
Je fais simplement allusion à la pratique photographique. Les boîtiers sont supers abordables, les optiques de qualité relativement peu chères, je ne te parle pas de Youtube le Wikipédia vidéo du DIY… Ce n’était pas le cas lorsque j’ai commencé. Oui j’ai commencé la photo avant Youtube, et ? ☺

Pourtant je n’ai jamais appris la photo sur les bancs de l’école. Comme je te le disais plus haut, j’ai énormément appris de mes erreurs pendant que j’évoluais dans ma couverture sociale. En effet, pour mes études, après un cursus littéraire, j’ai poussé jusqu’en Master 2 dans un univers qui me séduisait depuis petit ; les métiers du livre.
J’ai toujours été conquis par ce média, qui synthétise des heures, des années de réflexion en quelques grammes. Après deux ans d’alternance pour boucler mes études supérieures dans une maison d’édition parascolaire, je me dirigeais vers un autre aspect du marché ; celui de la presse magazine.
Durant 5 ans j’ai travaillé dans une énorme structure mondiale – en tant que fourmi d’un système qui me dépasse et pour lequel je n’étais vraiment pas fait.
J’ai poussé (à fond) le vice en quittant un poste dodu pour une autre structure d’édition à taille humaine, dans un domaine que je ne connaissais absolument pas. 5 années après ce pari réussi, où j’ai aiguisé ma polyvalence, j’ai décidé de rompre l’idylle avec mon premier amour professionnel, et d’assumer ce que je voulais par dessus tout.

La naissance de mon premier garçon a été l’élément déclencheur. Je savais depuis longtemps que j’avais en moi une volonté de réussir des choses avec lesquelles j’étais réellement en connexion. Remplir des tableurs excel, se démener pour plaire à ton n+1, en espérant que ce dernier reconnaisse ta serviabilité en fin d’année.
Ma vie professionnelle était devenue quelque chose de ce genre. Rien à voir avec ce que je suis.

Quels sont, selon toi, les aspects positifs et négatifs à ne pas avoir fait d’école de photo ?

Sincèrement, je ne vois que du positif. Hormis le fait d’être en marge d’un monde dont j’ignore les codes et les fonctionnements (les expositions, les galeries, les festivals de photo) – et dans lequel, je ne vois pas ce que j’y ferai – je ne trouve que des aspects bénéfiques dans ma démarche artistique et professionnelle. Mon bagage, mon vécu, mes erreurs, mon savoir-être, mon savoir-faire et le faire savoir fusionnent avec mes productions visuelles. Sans respecter de dogmes établis.

Pour te donner une idée, j’ai été amené en 2018 à réaliser une séance photo avec Usain Bolt, via des connexions de connexions. Sans passer par des cadres dits « officiels ».
J’ai réussi à créer mes propres codes, aussi parce que nous sommes dans une période où dans la photographie sociale, la passion que tu transmets clive les gens que tu côtoies. Et depuis que j’ai commencé, le clivage est plus qu’en ma faveur !
En prenant de la hauteur, l’absence de cadre ou de cursus pourrait être un frein, ce dernier obstruerait une visibilité moins panoramique du marché. Néanmoins dans un univers où les rencontres et mes qualités de photographe priment sur un bagage supposé, je trouve cela plutôt cool.

Par rapport à ceux qui sont sortis de grandes écoles de photo, est ce que tu t’es senti en décalage, à un moment donné, ou, au contraire, pas du tout ?

Pas vraiment.
Sur la partie photographique, absolument pas. J’ai peut-être été en compétition sur des projets avec d’anciens élèves issus des ces formations, mais je l’ignore.
Le contenu de ces formations et je suppose qu’elles garantissent un excellent bagage culturel et de vraies connaissances techniques à l’issue des années de formation.

Et probablement un carnet d’adresses. Pour la partie culturelle, les expositions sont ouvertes à tous, les livres de photographes célèbres pour leurs travaux sont également accessibles.
Pour le carnet d’adresses, c’est autre chose.
Pourtant, ce qui est sur c’est qu’en 2020, on ne me sollicitera pas en tant que photographe par rapport à mon cursus; mais bien pour ce que les gens perçoivent de mon approche et pour ma personnalité.

Y a-t-il eu un événement marquant / un déclic / l’aide d’une personne (…), qui t’a permis de te lancer dans ce que tu fais aujourd’hui ?

Les facteurs sont multiples.
Tu l’as compris tout à l’heure, la naissance de mon fils – avec la volonté de lui transmettre l’idée qu’avec passion, tout est réalisable – est un déclic.
Mon épouse, ultra réticente quand je lui esquissais des bribes de mon projet, voyait d’un très mauvais œil cette émancipation du salariat. La convaincre que j’en étais capable, fut également un élément moteur.
Tout comme la fin de mon cycle professionnel dans un cadre où je ne m’épanouissais plus depuis trop longtemps était un terreau fertile pour qu’y germe cette idée folle de vivre de ma passion.

Cependant, le « turning point » arriva lors du premier mariage dans ma bande de potes. C’était en 2012, et la réaction de mon couple d’amis m’a toujours touché. En tant qu’invité, j’ai réalisé quelques clichés – sans entraver le travail du photographe professionnel présent ce jour la. À la réception de mes photos et de celle du photographe pro, mon pote m’appelle et dit « Mec, c’est chaud. Faut absolument que tu penses à en vivre, parce que t’es doué ».
Dans ce genre de situation, c’est souvent soi qu’il faut convaincre en premier lieu que pour accepter des félicitations inattendues.

Le week-end dernier, ce même couple d’amis déménageait, et en voyant ce cadre photo dans les objets à déplacer, j’avais du mal à penser que tout fut réellement parti de ce cliché.
Et je crois que la clef, c’était cette confiance en moi.
Au moment où j’ai stoppé de me poser des questions nocives, et de me connecter avec ma personnalité, j’ai été vraiment photographe.

En tant qu’autodidacte, est ce que tu as déjà eu la sensation de t’être lancé dans quelque chose de vertigineux/ambitieux, justement, pour palier au manque de diplômes ?

« Coupable d’être ce qu’ils croient que je suis » swinguait Nikkfurie sur l’Asphalte hurlante au moment où je passais mon Bac.
Force est de constater qu’il avait raison. J’avais compris le sens du propos très tôt, où je savais que je ne serais pas classable.

J’aime faire trop de choses antinomiques pour être considéré comme profil « normal » dans la société. J’ai toujours vu les diplômes pour ce qu’ils sont ; des trousseaux de clefs pouvant te permettre d’ouvrir des portes fermées dans le désert. Autant j’étais bon élève, autant je ne me faisais pas d’illusions sur ma formation malgré mes diplômes, je savais inconsciemment qu’il me faudrait poursuivre mon apprentissage de la vie.
Apprendre. Apprendre, et encore apprendre et le plus possible par soi-même.

J’ai beau avoir un BAC +5 dans une formation universitaire spécifique, je vis aujourd’hui d’un métier-passion pour lequel je n’ai jamais obtenu de diplômes ni de formations qualifiantes, mais pour lequel j’apprends encore énormément aujourd’hui. Ce qui est sur c’est qu’une fois que j’étais convaincu que je pouvais le faire, je n’ai pas eu peur d’échouer.
Je savais que le voyage serait homérique, et cette dimension de ne rien contrôler m’attirait et me fascine encore.

Est-ce qu’il y a quelque chose que tu n’as pas pu faire à cause du manque de diplômes ?

Au début du grand saut, j’ai planté des causes dans pleins de champs, et si je n’ai pas toujours récolté tous les fruits, j’ai vu pousser nombres d’arbustes. Un de ceux qui me paraissait facile d’accès, fut un poste de photographe de studio freelance. Les horaires et le lieu du studio me permettaient d’entrevoir les premiers mois avec plus de sécurité.

Par manque de pratique, et surtout par méconnaissance des attentes spécifiques j’ai complètement échoué. Je n’ai pas attendu la réponse à l’issue de l’entretien pour savoir que je m’étais planté, cependant, j’ai pas mal potassé pour mieux saisir pourquoi et comment je m’étais manqué.
C’est peut-être la seule fois où l’absence de formation me fut préjudiciable.

Et comme pour chaque échec, j’ai potassé, je me suis vraiment mis en condition d’examen, pour quelques années plus tard réaliser une campagne de pub pour une des marques du même groupe.

Enfant ou adolescent, étais tu déjà attiré par le métier que tu exerces maintenant ? Penses-tu que ce que tu as vécu dans ton enfance-adolescence t’a aidé à avoir ensuite un parcours atypique, sans diplôme, ou pas du tout ?

Je mentirais si je te confiais avoir toujours voulu être photographe. En revanche, ce que j’y ai mis de personnel – hormis le fait d’appuyer sur un bouton – dans ce métier était déjà présent. Je suis très empathique, curieux et doté d’une très bonne mémoire visuelle.
Ma sociabilité et ma vivacité d’esprit sont des critères qui plaisent le plus à mes clients. Les sports collectifs et individuels que j’ai pratiqués ont étoffé tout cela.
Plein de choses sont remontées en moi avec la naissance de mon premier garçon. Je ne peux pas te l’expliquer, mais j’ai su que je devais réparer le « moi » enfant pour aborder de manière plus sereine l’arrivée de ces nouvelles vies. La sienne et mon aventure passionnelle assumée avec la photographie.

Devenir autodidacte, est probablement la réponse la plus adaptée à un monde que je n’ai pas toujours compris, à des codes dont je n’ai pas toujours capté les langages. En créant les miens – comprendre et interpréter la photographie selon ma grille de lecture – je me suis affirmé en tant qu’adulte.
Sans tomber dans le manichéisme qui voudrait réparer quelque chose mal vécu par mes parents que je souhaite rétablir désormais, mon parcours atypique prend racine aussi avec ma relation parentale. Quitter un champ que mes parents broutaient il n’y a pas si longtemps, le fameux métro-boulot-dodo, était aussi primordial.

Pour paraphraser Booba, qui annonce fièrement ne pas faire partie du troupeau et tout faire pour égorger le garde-champêtre, c’est un peu cette mentalité présente en moi depuis longtemps qui s’est développée durant mon adolescence.
Échapper à un déterminisme social, aller à contre courant de l’héritage familial et me former par moi-même, c’est au fond ce que je recherchais et que j’ai fini par trouver.

À l’école, est-ce que tu t’es senti bien conseillé en terme d’orientation d’études ?

Quand j’y repense, si l’on avait décelé en moi l’âme d’un photographe à quatorze/quinze ans, me serais-je donné corps et âme dans cette quête ? Aurais-je été assez mature pour envisager ce métier ?

Probablement pas. En tout cas je dialoguais beaucoup avec la documentaliste de mon lycée, certains de mes professeurs également. Je m’étais rendu au centre d’information et d’orientation autour de chez moi. J’avais également été à plusieurs reprises au salon de l’Étudiant à Paris.

Dans le domaine dans lequel je voulais avancer à l’issue du BAC, j’avais rapidement décelé deux écoles et sincèrement je n’ai pas ressenti de manque à ce niveau.

Pour toi, comment sont vus les autodidactes en France ?

Pour en échanger avec des amis –eux-mêmes autodidactes – qui œuvrent dans d’autres formes de créations artistiques, nous sommes à peu près tous unanimes ; nos compétences ne sont pas totalement reconnues pour ce qu’elles doivent être. Les savoirs que l’on engrange, la productivité que l’on développe, et nos expériences multiples sont de vraies forces. Cela nous confère un côté hybride aussi. Et comme la qualité première d’un autodidacte trouve difficilement place sur la galaxie des savoirs transmis par l’École, le monde de l’entreprise ne sait pas toujours comment composer avec de telles personnalités. Un ami a appris beaucoup de métiers sur le tas, et récemment il s’est lancé dans un super projet qui cartonne, mais pour ne pas effrayer ses associés, il a mis sous silence les métiers où il s’est auto formé.

C’est symptomatique d’une société qui flippe de ce qu’elle ne maîtrise pas. Et pourtant travailler en collaboration avec une âme entrepreneuriale et autodidacte en dit beaucoup sur le caractère acharné et méticuleux de son interlocuteur.
Cependant les choses changent. J’ai réalisé quelques projets pour des structures qui recherchaient une vision neuve et non formatée de leur lifestyle et de leurs identités. Qui de mieux qu’un autodidacte qui a appris à déstructurer son mode de fonctionnement pour créer ses propres codes pour réaliser une campagne visuelle innovante pour une entreprise ?

Je pense que plus les années avancent, plus l’autoformation sera acceptée comme une vraie plus-value. Les profils hybrides qui auront cette qualité liée au fait de s’être constitué en tant qu’autodidacte – que je n’arrive pas à nommer – mêlant passion, talent, abnégation et vision artistique, seront de vrais forces pour les entreprises.

Un mot de la fin ?

Un immense merci pour ce que vous êtes en train d’entreprendre pour nous les autodidactes.
Cela légitime les années de formation et de passion qui semble tous nous unir. Je vais pas mal voyager pour couvrir mes mariages lors des prochains mois et j’ai hâte de pouvoir emmener mon premier garçon, mon vrai « jeune padawan » s’exercer avec moi ! Mais il faudra attendre quelques années… Il vient d’avoir 6 ans, mais a déjà un sacré coup d’œil !

Autrement, je suis en train de peaufiner la rédaction d’un court-métrage, sur une histoire qui me parle depuis des années. Il me faudra quelques années avant de filmer tout cela, et peut-être autant avant de le monter, mais c’est quelque chose qui me tiens à cœur.

Pour me donner un peu d’inspiration, je vais aller voir les Misérables de Ladj Ly cette semaine. Quand j’avais vu le Monde est à toi de Romain Gavras, ou Sheitan de Kim Chapiron, je repensais au double DVD de Kourtrajmé qui est toujours sur mon bureau. C’est bien le premier OFNI (objet filmé non identifié) qui m’influence régulièrement dans ma photographie. Même en mariage !